Interview du Docteur Pierre Gault

Interview du Docteur Pierre Gault

Bonjour Dr Gault. Après pratiquement 20 ans de carrière au sein du Service Santé BTP Région Havraise, vous serez en retraite à compter du 01/01/18. L’occasion pour nous de vous poser quelques questions sur votre parcours. D’abord, comment êtes-vous devenu Médecin du travail ?
Quelques remplacements d’un médecin du travail (déjà du BTP) en fin d’études m’ont fait connaître la médecine du travail dans ce qu’elle avait de basique : fiche d’aptitude au fond d’un camion… un avantage, ce camion, car il était souvent au coeur de l’entreprise et cela permettait de «fouiner» un peu dans les ateliers entre 2 consultations. J’ai gardé un contact indirect avec ce médecin du travail que je continuais à remplacer de temps en temps. Lorsque j’ai quitté la transfusion en 1999, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers la médecine du travail. Une formation de 2 ans suivie d’un examen, la validation par le médecin inspecteur (Dr Colette Jacques à l’époque) et dans le même temps la direction du Service de Santé BTP m’a demandé de me former aussi pour suivre les salariés intervenant dans le nucléaire (théorie à Paris, stage à Paluel, mémoire validé par le Dr C. Jacques) et c’était parti ! Le plus difficile ensuite, c’est de prendre la décision de s’arrêter…

Durant ces 20 dernières années, la médecine du travail n’a cessé d’évoluer. Quelles ont été pour vous les changements les plus marquants ?
Le changement le plus notable et le plus profitable pour les salariés a été l’apparition de la pluridisciplinarité qui suivait de peu l’obligation du DUER.
L’arrivée des infirmiers en santé au travail complète ce trépied solide sur lequel repose la santé au travail. Quand je dis repose, c’est une image, car les changements sont permanents dans les textes qui gèrent la santé au travail.

Si vous deviez nous donner 3 mots/adjectifs pour définir votre carrière, lesquels seraient-ils ?
Passion – Relations Humaines – Connaissances scientifiques.

La pénurie de médecins du travail est un sujet récurrent. Que pourriez-vous conseiller à ceux qui hésiteraient à se lancer dans cette voie ?
La médecine du travail n’est pas une «médecine au rabais». Elle exige des connaissances importantes dans des tas de domaines qui touchent un peu toutes les spécialités médicales en fonction des toxicités des produits rencontrés et/ou utilisés par les salariés : la dermatologie, la cancerologie, l’infectiologie… Tout peut-être abordé et on rencontre de nouveaux problèmes tous les jours !! Alors, se dire qu’au lieu de soigner on occupe un poste au sein d’une équipe qui permet de prévenir l’apparition des problèmes est quelque part très gratifiant. Il faut se dire aussi qu’on se trouve bien souvent au coeur de la relation employeur/salarié avec tous les problèmes (et les solutions ???) que cela implique et qu’alors il faut aussi être psychologue, formateur… bref, on ne s’ennuie pas !

Pour terminer, comment voyez-vous la médecine du travail dans 20 ans ?
Je pense que la médecine du travail telle qu’actuellement va disparaître : la normalisation européenne devrait rapidement aboutir à la disparition de la visite systématique et de la notion d’aptitude. Pour cette dernière, c’est déjà en cours. Les derniers textes font apparaître les VIP, espacent les visites qui peuvent aller à 5 ans.

A terme, le médecin du travail ne verra que les gros problèmes et sur le terrain il aura, avec son équipe qui elle devra se renforcer, un rôle «d’ingénieur sécurité» tel qu’on le trouve dans les grandes entreprises et qu’il devra appliquer aux TPE/PME.

 

Toute l’équipe de Santé BTP Région Havraise vous souhaite une excellente retraite.

(Interview réalisée en décembre 2017)